Anatomie du roman : Espace et Temps de l’histoire

Désireuse de partager les techniques et outils que je découvre, cet article inaugure une série d’articles basés sur l’ouvrage de John Truby, Anatomie du scénario, qui s’adapte tout à fait à la construction d’un roman puisqu’il s’agit de créer des histoires. Pensant réaliser un article pour résumer le livre, je me rends compte que sa densité et l’importance de ses techniques vaut bien une série.

Espace et Temps de l’histoire : 3 points clés

  • Une histoire est organique, un corps qui évolue
  • La narration est une forme d’artisanat fondée sur des techniques précises
  • L’écriture est un processus organique avec des personnages et une intrigue qui évoluent à partir de l’idée d’origine

Être un bon conteur, ce n’est pas seulement raconter une histoire, c’est lui donner vie.

L’histoire

Le premier élément à retenir, c’est que toute histoire exprime un code dramatique. Ce code est une description artistique de toutes les possibilités de développement d’un personnage. On verra plus tard que les désirs et besoins des personnages sont essentiels à leur élaboration. Ils constituent le moteur de l’histoire.

Un personnage qui désire quelque chose, entreprend des actions pour parvenir à assouvir ses désirs.

Afin d’obtenir ce qu’il désire, le personnage va surmonter des obstacles qui le feront évoluer. Car le but ultime du code dramatique et de l’auteur est de présenter la transformation qui se produit (ou ne se produit pas) pour le personnage. Le point central du code est donc la transformation.

Le corps de l’histoire

Une bonne histoire décrit un processus organique par lequel passent les êtres humains.

Métaphore du corps humain :

  • le cerveau = le thème de l’histoire
  • le coeur = le personnage principal
  • le système nerveux = les rebondissements
  • le squelette = la structure narrative
  • la peau = le tissage des scènes

Le mouvement de l’histoire

Chaque élément qui constitue le corps organique participe au mouvement de celui-ci. Il s’agit de la forme de narration choisie :

  • Linéaire = le récit suit l’évolution chronologique du personnage (ex : dans mon roman Les ombres du Mal, nous suivons le déroulé de l’enquête des gendarmes pour traquer le serial killer qui sévit en Lorraine)
  • En ZigZag = la narration ne semble pas suivre un chemin particulier ou droit (ex : Don Quichotte de Miguel de Cervantès)
  • En spirale = la narration se fait de l’extérieur vers l’intérieur (ex : dans mon thriller Entrez dans la transe, Caroline revit des scènes du passé avant son amnésie qui s’emboitent avec celles du présent pour remonter jusqu’à l’événement déclencheur de son amnésie)
  • En ramification = différents chemins se dessinent, partant d’un même socle, comme les branches d’un arbre (ex : le roman d’Adeline Dieudonné Kerozene où on suit le chemin de plusieurs personnages (les branches) présents à un même moment dans une station service (le tronc)).
  • Explosif = multiples chemins qui s’étendent simultanément (ex : Dracula de Bram Stoker).

Mais encore ?

À ces éléments, j’ajouterai deux notions, celle de la focalisation et celle du type de narration que je distinguerai de la forme évoquée par John Truby.

La focalisation

Elle est le point de vue adopté par le narrateur. Le narrateur est la voix qui raconte l’histoire (à ne pas confondre avec l’auteur). La focalisation constitue un filtre par lequel le lecteur entre dans l’univers fictionnel. Elle peut être de 3 types :

  • zéro= Pas de restriction. Elle permet d’accéder aux intériorités de tous les personnages, au visible, mais aussi à ce qui se passe en dehors de la scène. C’est la plus courante et la plus facile d’utilisation.
  • interne = le lecteur se trouve dans l’intériorité d’un seul personnage qui donne sa vision de l’univers fictionnel. Elle peut être double (avec deux narrateurs). Le lecteur n’a alors accès qu’au visible de l’univers fictionnel, à ce que lui en apprend le ou les narrateurs. Cette focalisation trouve son intérêt dans les romans qui cherchent à mettre en avant l’aspect psychologique, les pensées du narrateur. Mais le lecteur se trouve limité à la vision du narrateur (ex : Le meurtre de Roger Ackroyd d’Agatha Christie)
  • externe = Plus descriptive. Elle est utile notamment pour les ouvertures de romans, de chapitres, ou pour créer du suspense. La narrateur est perçu de l’extérieur et le lecteur n’a pas accès à son intériorité (ex : Des souris et des hommes de John Steinbeck).

Dans une histoire, il est possible d’utiliser plusieurs types de narration.

Le type de narration

  • personnel = utilisation de la première personne et donc focalisation interne. Permet une plus grande implication, l’empathie du lecteur au travers de la vision du personnage.
  • impersonnel = utilisation de la troisième personne. Permet tout type de focalisation.