Exercice d’écriture créative #1

Pour 2022, j’ai décidé de vous offrir chaque mois une consigne d’écriture afin de vous permettre de tester le type d’exercices qui peuvent être proposés dans les ateliers d’écriture que j’anime. Ces exercices peuvent être de deux types :

  • écriture créative qui consiste à développer des compétences de créativité, d’écriture dans un genre littéraire (romance, polar…), de style, de forme (lettre, nouvelle…)
  • écriture thérapeutique (apprendre à développer sa confiance, son estime de soi, à gérer ses émotions, son stress…)

Pour ce premier exercice de l’année, voici la consigne :

Étape 1 -> choisir un lieu réel qui vous est cher (intérieur ou extérieur, proche ou lointain, présent ou passé). Puis faites un inventaire, sous forme de liste de mots ou groupes de mots (séparés par des tirets ou virgules) liés à ce lieu.

Étape 2 -> écrivez une lettre adressée dans laquelle vous parlerez de ce lieu de telle sorte qu’il « apparaisse visuellement » en 1 à 2 pages.

Mon inventaire

Gare- indien-Blochausen 
Forêt-vue
Façade blanche et moderne-
table en bois-chaises scandinaves colorées-ordinateur-écriture
canapé-tissu bleu-assise confortable
cuisine moderne-vue sur le jardin-thé-écureuil traversant à toute vitesse-
escalier en fer-herbe-soleil-avion au loin dans le ciel-salle de bain-carrelage beige-immense douche à l’italienne-lit king size-odeur amande des draps-chambre cocooning

Ma lettre

Mon amour,

Mon rendez-vous professionnel s’achève. Je prends le tramway qui me ramène à la gare. Entre dans mon wagon. Un frisson parcourt mon corps. Et si… Je balaies l’idée qui s’immisce dans ma tête. Ai-je seulement le temps ?  Peu importe, à ce moment, j’en ressens le besoin. Pour que cette idée ne se transforme pas en regret. Je me lève. Ouvre la portière du TGV. Je sens ma main moite sur la poignée glaciale. Je ne réfléchis pas et me précipite sur la passerelle qui surplombe la gare. Je sors et passe devant le restaurant indien. Les odeurs d’épices caressent mes narines et me ramène en un instant à nos diners en tête-à-tête. Ton inlassable envie de poulet Biryani. Ton aversion pour le lassi rose. Ta drôle de manie de former des objets avec les serviettes en papier… Contournant le Cactus où nous avions l’habitude d’acheter nos provisions, j’emprunte la rue Blochausen jusqu’à l’orée de la forêt. Lieu privilégié de nos promenades en amoureux le long de la rivière. J’entends presque le son du courant emportant les brindilles tombées des arbres que tu aimais suivre pour découvrir où elles s’échoueraient. Je m’arrête devant l’immeuble à la façade d’un blanc immaculé. Flambant neuf, comme si toutes ces années n’avaient pas eu prise sur lui. Un jeune homme sort et je me penche pour distinguer la porte d’entrée de notre ancien appartement. Je ferme les yeux. Mon inconscient redessine en un rien de temps l’architecture intérieure. La salle de bain, première porte à gauche en entrant. Digne des plus grands hôtels, elle nous avaient émerveillés le jour de notre visite. La chambre, à droite, lieu d’intimité où nos bras se sont si souvent entrelacés. Tes bras. Cocon merveilleux dans lequel je me sentais à l’abri des toutes les horreurs du monde. Dans le prolongement de l’étroit couloir, la pièce de vie qui ouvre sur un coin salon avec le canapé en tissu bleu où nous aimions nous avachir, emmitouflés sous un plaid presque aussi doux que ta peau, pour regarder nos séries préférées. La salle à manger composée de la table en bois, entourée de ses fauteuils scandinaves, prolonge l’espace. Je te revois, devant ton ordinateur, écrire jusqu’à avoir étanché ta créativité. Écrire pour offrir au monde des histoires qui permettraient aux autres de changer. Face à la table, la cuisine. Grande. Blanche. Moderne. Donnant sur une baie vitrée qui offre une vue magnifique en plein coeur de la ville. Je me souviens de toutes ces fois où nous nous asseyions, une tasse de thé vert à la menthe fumante dans les mains – avec miel pour toi – pour créer une bulle hors de l’agitation qui nous entourait. Tu aimais regarder l’herbe remuer au gré du vent. Te souviens-tu de cette fois où un petit écureuil avait traversé le jardin à toute vitesse? Moi, je me souviens surtout de ton sourire. Des éclats de rire qui avaient jailli de ta si jolie bouche. Le plus beau son du monde. Je rouvre les yeux. Une larme timide se fraie un chemin sur ma joue. Il y aurait tant encore à dire de la vie que nous avons vécue, ici. Avant ton départ. Avant le mien. Le crayon de bois tombe de ma main et glisse sur mon carnet. La sonnerie du TGV annonce le départ du train et me raccroche à la réalité. Nous reverrons-nous seulement un jour?

À vos crayons, prêts, écrivez …